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Le journalisme est-il menacé ?

Amy Webb est une « futurologue », prospectiviste professionnelle. Chaque année, elle propose une vision de ce que pourrait être le futur de l’information. Cette année, elle construit une hypothèse sur le devenir du journalisme, avec trois scénarios auxquels on ne pourrait peut-être pas échapper. Pour un résumé en français, allez voir l’article complet d’Eric Scherer sur le blog collectif Méta-Medias de France Télévisions.

Le visionnage de sa conférence me pose quelques questions, que je formule sous forme de trois remarques.

  1. C’est une conférence futuriste : la prospective n’a jamais été autre chose qu’un pari sur ce qui pourrait arriver. S’il y a trois scénarios exposés, c’est le quatrième qui se produira immanquablement.

  2. Les médias ne sont pas si désarmés que cela : les GAFA ne sont pas grand chose sans les médias : bloquer leur les accès aux supports médias et ils n’auront plus rien à dire. La question est de savoir si les médias veulent bien se soumettre à leur format et à leur besoin en échange de parts publicitaires. On peut penser que cela n’est en effet pas la bonne stratégie et que les médias devraient avoir bien plus confiance et conscience de leur valeur.

3) Amy Webb suggère que « des startups qui publient de l’info à haute fréquence » pourraient remplacer les structures de presse actuelles. c’est quoi de l’info ? Et est-ce que cela a à avoir avec le journalisme ? C’est à mon sens la véritable question. Plutôt que s’engouffrer dans une technologie tête la première, le journalisme devraient surtout repenser ses fondamentaux : l’information n’est pas égale à un fait. Une information est plus qu’un fait rapporté. Je ne vois pas trop ce que des startups iraient vendre, à part en se faisant le relais des différents services de relations publiques des gouvernements et des sociétés. Quel robot ira analyser ce qui se passe en Syrie ? Quel robot s’interrogera visuellement sur le danger du glyphosate ?

Et surtout, d’où viennent les informations qui remuent les foules ? Des enquêtes de fond journalistique. Ce n’est pas France Infos ou BFM qui tiennent l’information (à part sur l’instant, et encore), mais bien les grands reportages, les enquêtes au long court. C’est de ça que l’on reparle le lendemain entre collègues, familles ou amis. La nécessité de refonder le métier de l’information passe en effet par une connaissance des technologies, mais essentiellement sur une remise à plat du journalisme : les écoles de journalisme apprennent essentiellement aux jeunes journalistes à réécrire des dépêches, à reprendre des communiqués, à écrire bref, à créer des punchlines alors que la mission du journaliste est bel et bien ailleurs.

La vision d’Amy Webb est fortement influencée par le modèle médiatique américain. Nous avons encore en Europe des espaces possibles pour, justement, échapper à ce modèle qui en effet est voué à disparaître non pas à cause de la technologie mais parce qu’il n’a aucune valeur ajoutée par rapport à un outil mécanisé et programmé de relais d’infos.

Revenir au journalisme, suivre l’actualité (sans la relayer à la seconde) pour la décrypter (progressivement), s’appuyer sur la technologie pour l’analyse documentaire (recherche, validation, data mining) et ne pas chercher à formater le contenu en fonction de la demande des Gafa, voilà, à mon humbre avis, un autre scénario à tracer.

Qu’en pensez-vous ? Croyez-vous que nous vivions les dernières heures du journalisme ?

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