Les députés PS de l’Assemblée Nationale viennent d’adopter, dans la soirée du 6 décembre, une taxe sur sur les revenus publicitaires des sites mettant à disposition des vidéos gratuites ou payantes sur Internet. Argument : il faut financer la politique culturelle de la France, en mettant à contribution les plateformes de streaming vidéos. Voilà en résumé la politique de développement du numérique de la France. Et ça m’énerve.

Que fait la France pour le développement du numérique ?

On n’entend que cela en bouche des politiques : le numérique serait avec la transition écologique un des leviers de l’économie de ces premières décennies du XXIeme siècle. Et quel est le bilan ?

Où est le Google français ? Parmi les champions de la recherche informatique avec l’Inria et des écoles d’ingéniérie d’excellence, pas une seule tentative ? Altavista, co-fondé par Louis Monier, un français parti aux USA, n’a trouvé aucun soutien en France. Google règne en maître depuis Stanford.

Où est le YouTube français ? Dailymotion, qui au départ, valait bien YouTube est une plateforme moribonde, soutenue artificiellement pour des raisons politiques d’image. Personne ne sait quoi en faire, à part y diffuser les vidéos du Président démissionnaire. Sur quoi les créateurs français diffusent leurs contenus : sur YouTube. Des contenus créés avec des caméras asiatiques, sur des ordinateurs asiatiques ou américains, avec des logiciels américains. Où sont les outils français ?

Où est l’Apple français ? Bull est mort, Thomson micro-informatique est mort. Alcatel pour la téléphonie mobile est mort. Là encore, pas une seule société française n’a été capable de s’adapter, d’innover. Face à une société californienne montée dans un garage, les super-groupes français, perfusés d’argent public, noyautés d’énarques et de polytechniciens super compétents, n’ont rien su faire d’autre que des plans sociaux.

Où est le Facebook français ? Experts en réseautage et népotisme, la France a là encore laissé passer le coche. LinkedIn l’américain s’est imposé chez les professionnels. Le Viadeo français est en liquidation judiciaire.

« On passe plus de temps en France à liquider les sociétés qu’à les créer. »

Où est l’Amazon français ? Pays de littérature, pays de libraires, la France avait des sociétés de VPC extraordinaires comme les 3 Suisses, La Redoute, la Fnac, la Maison de Valérie. Aucune de ces sociétés n’a su faire face à l’arrivée d’une société américaine, qui s’est montrée capable en quelques années de maîtriser l’espace physique français et d’y régner sans doute en maître. Est-elle venue avec ses coursiers, ses camions, ses salariés, ses cartons, ses produits ? Non, tout en respectant le droit français, au combien complexe, tout en embauchant, tout en faisant travailler des prestataires locaux, Amazon s’impose. Les politiques n’ont rien compris : la protection du réseau national des libraires s’est mué en aveuglement total sur le potentiel d’une telle démarche. Amazon a commencé par les livres, elle finit avec la livraison des poireaux et des carottes…

Par ailleurs, je vous laisse découvrir l’abandon d’une magnifique société française qui, lasse de ne trouver que de maigres soutiens dans l’hexagone, est partie se développer aux USA.

A quoi sert de taxer ? montrer qu’on a des idées !

« En France, on n’a pas de pétrole mais on a des idées », disait-on à la fin des années 1970. Au XXIeme siècle, c’est :

« En France, on n’a pas d’idées, mais on a des taxes ».

A défaut d’avoir su laisser éclore un futur géant de l’économie numérique, il ne resterait donc plus à la France comme espace d’innovation que l’art de la taxe. « Nous sommes les frères qui rapent tout » chantaient les Inconnus. Et c’est vrai. En ces périodes de pollutions atmosphériques, avec mes 1,83 m, j’ai peur que Ségolène Royal me taxe en vertu de mes besoins respiratoires trop imposants.

« La France est devenue une sorte de gorgone moderne : tout ce qu’elle voit, elle le transforme en taxe. »

Créez une société : taxe. Payez-vous une fois en salaire, vous devrez payer pour le reste de l’année les charges sociales, même si vous ne vous payez plus. Passez au RSI, vous serez étranglé avant d’avoir pu gagner votre premier client ou vendu votre premier produit. Payez-vous en dividendes après vous être serré la ceinture pendant un an, vous serez l’un des plus taxé d’Europe, méchant capitaliste primaire que vous êtes. Le système administratif n’a de cesse de créer des dispositifs lui permettant de vivre et même de se développer. L’administration française est la première vraie entreprise de France, et le premier bénéficiaire de tout profit réalisé sur notre sol. Et que font nos députés et nos sénateurs ? des lois, toujours plus de lois. On élit des citoyens pour qu’ils créent sans cesse des nouvelles lois.

« Je suis sûr que l’on produit en France plus d’articles de lois que de statuts de sociétés. »

Que reproche-t-on à YouTube ?

De ne pas contribuer au financement de la production cinématographique française.

Oui, on trouve sur YouTube un certain nombre de films en streaming. Non, les plus vus et les plus regardés ne sont pas français, quoi que fantasment les taxeurs. Ce sont les block busters américains, qui par ailleurs produisent des centaines de millions de dollars. Et non, ce n’est pas là que les fans de ciné s’abreuvent le plus. Ce sont sur des sites de streaming dédiés, parfaitement illégaux, et donc parfaitement intaxables.

Après avoir dû payer un taxe sur les CD et les DVD vierges qui me servaient à stocker mes archives personnelles, voilà qu’il a fallu taxer les opérateurs télécoms – qui m’ont évidemment répercuté cette taxe – pour les mêmes raisons. Je paie pour le cinéma français quand j’envoie mes 50 emails journaliers. Quand recevrais-je un mail de Dany Boon ou Christian Clavier pour me remercier de financer leurs films ? Et à présent, je vais payer indirectement cette taxe YouTube, en tant que créateur de contenus rémunérés par la publicité diffusée sur YouTube. Je m’explique.

Et si YouTube était l’un des financeurs majeurs de la création française ?

Parce qu’on peut voir les choses autrement. Que fait la France pour aider les créateurs de contenus français ? Le CNC est aux mains d’un réseau étroit et autarcique clanique. YouTube donne accès à un ensemble d’outils de création extraordinaires à tout citoyen du monde :

  • une plateforme de stockage et de diffusion mondiale
  • des outils de diffusion vidéo en temps réel
  • des outils de compression et d’optimisation vidéo
  • des outils de référencement vidéo
  • des outils de sous-titrages collaboratifs
  • des outils de montage vidéo
  • une banque de musiques gratuites et libres de droit
  • des outils de gestion communautaire
  • des outils de gestion publicitaire
  • des formations pour mieux créer
  • des applications mobiles de création et de gestion des contenus
  • des outils de suivis statistiques comprenant un suivi en temps réel
  • des outils de protection des droits de reproduction et de diffusion (si, si)

Si YouTube faisait payer à tous les YouTubers français l’ensemble de ces outils, personne ne pourrait se les payer. Aucun jeune créateur ne pourrait investir dans la création de ses contenus.

YouTube fait mieux : il reverse une partie de ses revenus publicitaires chaque fois qu’une publicité passe sur une vidéo : 1 dollar pour 1000 vues en moyenne. Et que fait ma douce France ? Elle va taxer ce revenu. Christian Eckert, secrétaire d’Etat au budget, croit justifier cette nouvelle taxe en expliquant que son produit ne serait que d’un million d’euros… Et combien d’argent a été dépensé pour mettre au point cette loi taxatrice ? Combien d’employés faudra-t-il pour la recouvrir ? C’est non seulement inefficace mais risible. On justifie une taxe en expliquant qu’elle ne coûte pas cher à celui qui la paie… Monsieur Christian Eckert, passez plus de temps à régler le différend fiscal des GAFA, plutôt qu’à enfumer les citoyens avec une taxe qui n’a pas de sens. Là on parle d’un million d’euros, ici on parle de milliards…

Alors, la France est un pays d’incompétents ?

Pour rencontrer et visiter de nombreux grands groupes, je trouve même que l’on dispose d’excellences partout, très bien réparties et sur bien des domaines. Il n’y a pas en France de problèmes de compétences, de manque de culture numérique, ou d’ignorance du marketing. Au sein même des PME et des indépendants avec qui je travaille, la très grande majorité des personnes maîtrisent finalement bien les arcanes de l’administration. Les citoyens sont bien. Le système France l’est moins.

« Non, la France n’est pas incompétente, elle est juste administrée par des réactionnaires. »

Les politiques sont devenus des administrateurs. Ils n’aiment que l’institué, l’acquis, et le conquis. Ils aiment davantage ce qui a été que ce qui est et encore moins ce qui sera. Ils n’aiment pas l’incertitude. Tout questionnement sur demain est vécu comme de l’insécurité. Alors ils blindent leur pays de lois, de règles et d’obligations pour conserver et maintenir un status quo. Ce qui était nécessaire est devenu pénitentiaire. Et quand le terrain de jeu se mue en prison, il est difficile d’escalader les murs…

Arrêtez les taxes, arrêtez de nous faire payer pour notre existence et nos actions. Arrêtez de croire à l’ontologie légaliste, où tout ce qui est dans la réalité doit avoir une correspondance sous forme de texte de lois. La liberté est un droit et le droit se préserve avec le minimum de lois. Droit n’est pas loi.

 

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