/ "Mamiya 7"

Premiers frissons !

Ça faisait… très longtemps que je n’avais développé un film. Peut-être vingt ans. J’ai relu les forums, les blogs, les notices, les livres pour m’assurer que je ne raterais pas ma première pelloche argentique moyen format.

J’ai raté beaucoup de photos dans ce premier film :

  • obturateur laissé sur l’objectif, Mamiya 7ii oblige…
  • pression trop hâtive et trop forte sur l’obturateur, réflexe d’un usager du D300 où il y a quand même de la marge au déclencheur…
  • oubli de régler la netteté, car mes mains ont pris l’habitude de s’abandonner au réglage parfait des mesures automatiques…
  • oubli de régler la focale, pour les mêmes raisons…

Bref, oubli de tout, de tout ce qui fait l’art de la photographie ! Ajoutons à cela un changement radical dans la visée et surtout dans le format, presque carré où la réalité visée change de perspective… Je me demande d’ailleurs si finalement le 24×36 n’est pas un format TV…

Ensuite, il a fallu finir l’embobinage car là encore, le Mamiya reste d’un calme asiatique. Finis ton job, humain ! Ensuite, il faut retirer le film de cette chambre impressionnante et retrouver un autre réflexe disparu en même temps que le timbre autocollant : saliver, tirer la langue et d’un geste sensuel, humecter le petit ruban qui gardera la pellicule close…

Retour à la maison.

D’accord, j’ai la doc. Mais où je fais ça : salle de bain ? cuisine ? WC ? Finalement, me voici à la cave pour enrouler le film dans une spire Paterson. Il fait bien noir à la cave : on y voit rien de rien. Et ce qui arrive… devait arriver. Un coup de coude et voilà que la cuve manque de voler ! dans un réflexe incroyable, je la rattrape en vol. Mais pas le couvercle qui finit heureusement sur mes pieds.

Après quelques minutes stressantes où le film se refuse totalement à la spire, je suis pris d’un doute : ne suis-je pas en train d’enrouler le papier qui protège le film ? Comment vérifier cela dans le noir. Situation horrible. On a envie de rire et de pleurer, d’allumer la lumière, tant pis ! Et puis non, c’est bon. J’enroule. Ça y est, je me souviens de cet effet d’enroulage qui m’amusait tant quand je développais les films dans les toilettes de la rédac’chef…

Arrivé au bout du film, le papier et le film restent collés ensemble ! Je tire, j’ai peur de trop tirer et de me retrouver avec un film tordu dans la spire. Puis je sens quelque chose de collant, qui vient se coller au film. C’est quoi cette colle, d’où vient-elle ? Tant pis, il faut agir, je me saisis des ciseaux et je coupe un peu au hasard. Je me dépêche car je me rends compte d’autre chose : la cave, cette putain de cave qui me paraissait si opaque, en fait, ne l’est pas. Je peux discerner parfaitement les cartons du déménagement qui ne seront sans doute jamais déballés, je vois les peluches des filles, et le voyant rouge du déshumidificateur qui clignote. C’est râpé, là.

Retour à la surface

Je change de point de vue : ce sera un essai à blanc, pour me remettre en condition… Je remonte à la surface, quand même victorieux. Le couvercle est bien fermé. Je passe à la préparation des produits. 1 dose de truc pour 19 doses de machin… grumpf, je pense, pense, pense comme Winnie l’Ourson. Disons 1/20ème. Je ne suis plus sûr de rien. On me demanderait de compter jusque trois, je ne saurais plus ! Le film est dans la cuve, il attend.

Je prends le thermomètre, j’arrive à caler l’eau à 20°C exactement. Un signe de bon augure… Il faut y aller. Non, il faut emmener les enfants à la gym… Zut. Je reviens, 20°C, c’est atteignable. Après quelques litres qui feraient pleurer les partisans du développement durable, je me lance. Développeur : 6 mn. J’avais téléchargé une application pour mon iPhone. Finalement, je prends le minuteur de la cuisine : il me paraît d’un coup plus fiable. Je déraisonne totalement.

Grouille !

Deux minutes passent. Merde. J’ai pas touillé. J’ai pas renversé la cuve. Quel con. Alors je touille, je roule, je retourne la cuve : trop vite ! le couvercle se défait ! Ça pue le produit chimique. Ma femme me demande ce que je fais : une quiche ? non, je développe un film. Bon courage mais pense à me faire une quiche. Si je réussis, j’en fais deux, promis.

Je touille, je vide. Fixateur ou bain d’arrêt ? Je sais plus. Je me souviens. J’ai mis des numéros sur les bouteilles de lait qui me servent de bidons. Après D1, A2. Bain d’arrêt. Pas longtemps. Le livre qui me guide, Noir et Blanc de Philippe Bachelier, se referme tout seul… J’enverrai un mail à l’auteur pour le remercier… Allez, disons que c’était pas trop longtemps. Je vide. F3. Fixateur en troisième. Je remplis tranquillement. Je me souviens de l’odeur. Une belle odeur ce fixateur. J’adore. Mais quand je retourne la cuve, j’aime moins. J’ai encore oublié le couvercle. J’en mets partout.

Je touille, je touille. Ensuite, je vide tout dans l’évier ? Les autres oui, pas celui-là, je crois. Je remets ce qui reste dans son bidon. Je me dis d’un coup que les bouteilles de lait… il y avait du lait dedans… J’espère que j’avais bien rincé… Je ne suis plus sûr de rien.

Auxiliaire de lavage ? Je ne sais plus le nom, j’en mets une goutte après avoir vidé cinq litres d’eau. J’hésite à lever les couvercles. Et si j’avais oublié quelque chose ? Je relis les pages du livre : « remplissez la cuve ras bord avec le bain de prémouillage… » Le bain de prémouillage ? J’ai pas ça ! J’ai pas fait ça ! Tant pis. J’ouvre tout.

Un film voit enfin le jour

La bobine est au fond de la cuve, lovée dans sa spire. Elle attend sagement que je lui fasse voir le jour. C’est un film. Il est beau. Il y a des niveaux de gris, ni trop noir, ni trop blanc. Equilibré. Je passerais bien au scan mais c’est pas sec. Je le fais sécher au toilettes en intimant à la maisonnée de ne pas entrer là avant deux heures !

Il sèche, sèche, sèche. Toujours pas sec. Ha si. Ça y est. Je le prends délicatement et je l’apporte à ma femme :

— Regarde, c’est un film !

— Ha oui. C’est bien. Et pourquoi tu te casses la tête avec ça alors que t’as un D300 ?

Je ne sais pas trop quoi répondre, sinon que « c’est magique ». Elle sourit. Elle comprend.

Cette fois, je scanne. Y’a une belle image. Mais y’a des poussières dessus. J’examine avec effroi le film : rien ! C’est la vitre du scan. Ouf. Je souffle dessus. Postillons. Kleenex. Traces. Tissus pour les lunettes. OK. Je scanne la suivante.

Allez, je pars scanner les autres, après j’attaque les quiches.

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