La presse française collecte vos données personnelles à tout va

On parle souvent de la liberté de la presse : peut-on parler de celle de ses lecteurs ? Saviez-vous que la plupart des sites de presse livrent vos données personnelles à des centaines de sociétés tierces qui stockent vos données dans des pays étrangers, échappant ainsi aux lois sur la protection des données personnelles ?

Connexions non sollicitées, késako ?

Quand vous vous connectez à n’importe quel site sur Internet, celui-ci est immédiatement informé de tas de petites informations à votre sujet : votre origine géographique, le type de navigateur que vous utilisez, votre ordinateur, votre taille d’écran, bref, tout un tas de données techniques de base. Mais depuis l’avènement de la publicité en ligne, et des réseaux sociaux, beaucoup plus d’informations sur vous et votre comportement sur Internet sont collectés.

Pour cela, le site visité ouvre à des services extérieurs la possibilité de déposer des cookies, un nom sympa pour un système qui l’est moins : ces cookies vous tracent d’un site à l’autre. Il est ainsi possible de reconstituer tout ce que vous faite sur Internet, tous les sites que vous visitez. Le services publicitaires de Google et de Facebook accumulent une myriade de données sur vous, sur plusieurs années.

Et les réseaux sociaux en profitent

A cela s’ajoute les réseaux sociaux : Facebook, et les autres, déposent aussi des cookies, mais utilisent aussi d’autres techniques basées sur le fait que vous laissez votre connexion à Facebook constamment ouverte. Aux données de navigation pures s’ajoutent désormais des informations sur vos comportement par rapport à toute information : les commentaires que vous déposez, vos likes, vos opinions, votre graphe social (le cercle de vos amis), un faisceau d’indices qui, mis bout à bout, permettent de reconstruire assez précisément votre personnalité.

A tel point que Facebook peut prédire votre fiabilité bancaire, ou votre comportement à l’égard de votre santé… Vous n’avez rien à cacher ? Tant mieux, on verra cela quand votre compagnie d’assurance augmentera votre cotisation à cause de votre comportement à risque du week-end, ou quand atteint de maladie, aucune compagnie d’assurance n’acceptera de contractualiser avec vous, parce qu’elles auront collecté les informations qu’il faut sur vous…

Quel rapport avec nos sites de presse ?

Hé bien, d’abord ils contribuent massivement à cette collecte d’informations personnelles. Et ils l’abondent même car désormais, les compagnies publicitaires et les réseaux sociaux connaissent vos préférences politiques, voire les thématiques qui vous plaisent le plus… Vous n’y croyez pas ? Lisez la page sur l’usage des données personnelles du Nouvel Obs , elle est édifiante :

« Nous sommes susceptibles d’inclure sur notre site/application, des applications informatiques émanant de tiers, qui vous permettent de partager des contenus de notre site avec d’autres personnes ou de faire connaître à ces autres personnes votre consultation ou votre opinion concernant un contenu de notre site/application. »

Autrement dit, le Nouvel Obs vous propose des outils de partage d’informations qui permettent de faire savoir votre opinion… Rien à redire, sauf qu’il ajoute :

« Le réseau social fournissant un tel bouton applicatif est susceptible de vous identifier grâce à ce bouton, même si vous n’avez pas utilisé ce bouton lors de votre consultation de notre site/application. En effet, ce type de bouton applicatif peut permettre au réseau social concerné de suivre votre navigation sur notre site, du seul fait que votre compte au réseau social concerné était activé sur votre terminal (session ouverte) durant votre navigation sur notre site. »

Autrement dit encore, dès lors que vous visitez une page, tous les réseaux sociaux sur lesquels vous êtes inscrits peuvent avoir connaissance de ce que vous êtes en train de lire à la seconde près… Cumuler ces informations sur plusieurs mois, voire plusieurs années, et vous aurez votre portrait très précisément tiré…

Le Nouvel Obs ajoute encore :

« Nous n’avons aucun contrôle sur le processus employé par les réseaux sociaux pour collecter des informations relatives à votre navigation sur notre site et associées aux données personnelles dont ils disposent. Nous vous invitons à consulter les politiques de protection de la vie privée de ces réseaux sociaux afin de prendre connaissance des finalités d’utilisation, notamment publicitaires, des informations de navigation qu’ils peuvent recueillir grâce à ces boutons applicatifs. Ces politiques de protection doivent notamment vous permettre d’exercer vos choix auprès de ces réseaux sociaux, notamment en paramétrant vos comptes d’utilisation de chacun de ces réseaux. »

Traduction : on ne maîtrise pas du tout ce qui se passe, on ne veut pas savoir ce qu’ils en font et c’est votre problème…

Tous les éditeurs de presse, ou presque, ont la même attitude. C’est d’autant plus choquant qu’il s’agit justement d’un espace d’informations et d’opinion et qu’en tant que lecteur, on devrait pouvoir choisir pleinement les informations que l’on cède, sans faire appel à des bidouilles techniques, ou à un système configuration caché et complexe.

Les données sur vous vont être de plus en plus utilisées à vos dépend et les entreprises de presse participent pleinement à cette collecte.

Les entreprises de presse font comme les boutiques en ligne, mais en pire parce qu’elles cèdent une liberté fondamentale, celle de s’informer, à des sociétés tierces, sans rien maîtriser.

Les pays collecteurs ? Késako ?

Quand vous visitez le journal Le Monde ou Le Figaro, vos données quittent immédiatement la France, pour être analysées et stockées dans des bases de données ailleurs en Europe, ou aux USA. Ces sociétés tierces échappent totalement à nos lois de protection des données personnelles: USA, Irlande, Autriche, Pays-Bas sont des pays laxistes sur l’échange de données personnelles… La loi peut se durcir en France, les éditeurs de presse continueront en toute légalité le dépeçage de votre vie privée.

A votre insu, donc, voici un tableau qui vous dévoile, pour un certain nombre de titres de presse, le nomobre de connexions non sollicitées et le nombre de pays destinataires. Pour prendre un exemple, Le Monde permet 106 connexions tierces quand vous lisez un article sur son site. 106 outils collectent à votre insu tout ce que vous faites, lisez (et ne lisez pas), likez. Amateur de politique ? de sport ? d’info éco ? On sait tout… Et ces données transitent directement vers 6 pays différents, non soumis aux lois françaises sur les libertés individuelles…


Détails des données collectées****L’Humanité – www.humanite.fr
7 connexions non sollicitées.
Vos données sont envoyées aux USA, et Pays-Bas.

20 minutes – www.20minutes.fr
Hébergé en France.
69 connexions non sollicitées.
Vos données sont envoyées aux USA, en Irlande, en Allemagne, en Autriche et Pays-Bas.

France Soir – www.francesoir.fr
10 connexions non sollicitées.
Vos données sont envoyées aux USA, Grande-Bretagne, Allemagne et Autriche.

La Tribune – www.latribune.fr
31 connexions non sollicitées
Vos données sont envoyées aux USA, Ireland et Pays-Bas.

Le Figaro – www.lefigaro.fr
25 connexions non sollicitées
Vos données sont envoyées aux USA, Ireland, Grande-Bretagne, Autriche et Pays-Bas.

Les Echos – www.lesechos.fr
56 connexions non sollicitées
Vos données sont envoyées aux USA, Ireland et Pays-Bas.

Le Monde diplomatique – mondediplo.com
2 connexions non sollicitées
Vos données sont envoyées en France.

Le Canard Enchaîné – lecanardenchaine.fr
5 connexions non sollicitées
Vos données sont envoyées aux USA.

Le Journal Du Dimanche – www.lejdd.fr
38 connexions non sollicitées
Vos données sont envoyées aux USA, en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas, et en Allemagne.

Le Monde – lemonde.fr
106 connexions non sollicitées
Vos données sont envoyées aux USA, en Italie, en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas, en Allemagne, et en Russie.

L’Express – www.lexpress.fr
60 connexions non sollicitées
Vos données sont envoyées aux USA, en Italie, en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas, en Allemagne, et en Irlande.

Libération – liberation.fr
32 connexions non sollicitées
Vos données sont envoyées aux USA, en France, en Grande-Bretagne, et en Irlande.

Nouvel Obs – tempsreel.nouvelobs.com
115 connexions non sollicitées
Vos données sont envoyées aux USA, en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas, en Allemagne, et en Irlande.


Méthodologie et sources